La métaphore de l’échiquier : ne soyez plus un pion sur un jeu d’échec

Il est difficile de faire comprendre l’intérêt de ne pas se réduire à un sentiment de soi fait de pensées et d’images car c’est justement en dépassant le mental qu’on peut le vivre et véritablement le comprendre.

Dans la thérapie d’acceptation et d’engagement (ou Acceptance and Commitment Therapy, ACT), Steven Hayes et son équipe (cf. livre plus bas) proposèrent dans leur livre fondateur de 1999 une métaphore pour nous faire comprendre l’intérêt de ne pas se réduire à un sentiment de soi étroit fait de pensées et d’images mais d’observation et de conscience. Parfois appelé « soi observateur » ou « soi transcendant » ou »pure conscience », ce sentiment de soi n’est pas en lutte contrairement à un sentiment de soi basé sur une image ou une pensée, appelé « soi conceptuel » ou « concept de soi » ou « image de soi ». Ce soi conceptuel peut reposer sur des souvenirs, des anticipations, des réactions automatiques.

La métaphore de l’échiquier nous invite à changer de perspective : plutôt que d’être un pion forcément impliqué dans le jeu d’échec, soyez l’échiquier !

LA MÉTAPHORE DE L’ÉCHIQUIER

« Imaginez un échiquier s’étendant à l’infini dans toutes les directions. Partout, aussi loin que vous puissiez regarder, pièces noires et blanches sont disséminées : certaines sont solitaires, d’autres forment des groupes. Et comme dans un jeu d’échecs, les blancs affrontent les noirs. Vous avez alors sous les yeux un immense champ de bataille.

Maintenant, pensez à vos pensées et émotions positives comme étant les pièces noires et vos pensées et émotions négatives comme étant les pièces blanches. Elles sont lancées dans une lutte sans merci et vous voulez que votre échiquier ne soit rempli que de pièces blanches car c’est « l’armée » que vous préférez. Alors vous décidez de vous joindre à la bataille pour aider à éradiquer les noirs. Vous ramassez des pièces blanches et tentez d’écraser ou de repousser les pièces ennemies. Vous voulez leur défaite et les bannir à jamais de l’échiquier. Vous vous donnez à fond aux côtés des blancs, d’autant qu’ils nourrissent des pensées positives telles que « Je suis vraiment une personne bien/sympa/adorable » et qu’ils n’hésitent pas à se frotter aux idées noires des adversaires (« Je suis une personne horrible» …).

Celle stratégie vous semble la plus logique et la plus satisfaisante, mais à peine avez-vous réussi à abattre une pièce blanche qu’une autre vient aussitôt la remplacer. Se débarrasser d’une pensée négative crée juste l’espace nécessaire pour qu’une nouvelle s’installe. Cela devient vite fatigant et vous n’êtes pas plus avancé.

Mais cette stratégie pose un problème encore plus gros : vous avez déclaré la guerre à vos propres expériences et, par conséquent, vous vous considérez en partie comme l’ennemi à abattre.

Cela signifie que cette bataille est perdue d’avance, à moins de détruire une partie de ce que vous êtes. Finalement, il vous faut conclure que ces zones de guerre sont des endroits déplaisants, mauvais, difficiles à affronter et, surtout sans fin. Et il en sera ainsi tant que vous n’aurez pas décidé d’agir autrement. En effet, vous pouvez choisir de poursuivre celle guerre futile contre vous-même … ou passer à autre chose.

Au lieu d’être l’une de ces pièces, vous pouvez vous voir comme l’échiquier les contenant toutes. Adopter cette position/perspective ne signifie pas que vous aurez moins de prise sur votre vie. Vous resterez intimement lié aux pensées et aux émotions, comme les noirs et les blancs le sont à l’échiquier : elles sont indissociables de votre expérience intérieure, mais vous montrerez moins d’intérêt à la bataille qui les agite. Vous devenez le lieu, l’espace où surviennent ces événements, sans vous impliquer dans leur confrontation. En changeant ainsi votre perspective, vous laissez les pièces à leurs manœuvres et pouvez quitter le champ de bataille. »

Texte tiré de « Oser vivre sa vie. Un livre qui redonne le goût à l’essentiel » de Freddy Jackson Brown.

adapté de Acceptance and Commitment Therapy: An Experiential Approach to Behavior Change (1999) ou la 2nde édition : Acceptance and Commitment Therapy, The Process and Practice of Mindful Change de Steven C. Hayes, Kirk D. Strosahl, Kelly G. Wilson