Quand on n’arrive plus à agir : et si ce n’était pas un manque de volonté ?
Vous connaissez peut-être cette situation.
Vous avez une tâche importante à accomplir. Vous savez exactement ce qu’il faudrait faire. Pourtant, vous restez immobile. Les heures passent. Plus vous attendez, plus vous culpabilisez.
Vous finissez alors par penser :
« Je manque de volonté. »
Et si ce n’était pas le problème ?
Un cerveau débordé ne fonctionne plus de la même façon
Lorsque nous sommes soumis à un stress important, à un épuisement, à une dépression ou parfois à un TDAH, notre cerveau modifie ses priorités.
Il ne devient pas moins intelligent. En revanche, certaines fonctions deviennent temporairement moins disponibles.
En particulier :
- la mémoire de travail se sature rapidement ;
- il devient difficile de hiérarchiser les priorités ;
- la prise de décision ralentit ;
- les émotions prennent davantage de place ;
- l’évitement devient plus probable.
Autrement dit, nous ne sommes pas forcément moins motivés. Nous sommes parfois simplement moins disponibles mentalement.
Pourquoi la culpabilité aggrave le problème
La réaction spontanée consiste souvent à se mettre la pression.
Nous nous répétons :
- « Il faut absolument que je m’y mette. »
- « Je suis incapable. »
- « Pourquoi est-ce si difficile ? »
Malheureusement, cette stratégie produit souvent l’effet inverse.
Plus nous nous critiquons, plus la tension émotionnelle augmente. Et plus cette tension augmente, plus il devient difficile d’organiser nos pensées et de passer à l’action.
La culpabilité entretient alors exactement le blocage que nous cherchons à faire disparaître.
Cinq stratégies simples pour retrouver de l’élan
Aucune n’est miraculeuse. En revanche, leur efficacité est bien connue en psychologie.
1. Changer d’état physique avant de changer de tâche
Avant de chercher à être plus productif, il est souvent utile de modifier son état physique.
Par exemple :
- se reposer ;
- manger si l’on a faim ;
- marcher quelques minutes ;
- s’étirer ;
- écouter de la musique ;
- respirer calmement ;
- changer d’environnement…
L’objectif n’est pas de supprimer toutes les émotions, mais de retrouver suffisamment de disponibilité pour commencer.
2. Sortir les tâches de sa tête
Notre mémoire de travail est limitée.
Écrire toutes les tâches permet souvent de diminuer immédiatement la sensation de surcharge.
Ensuite :
- barrer ce qui n’est pas urgent ;
- choisir une ou deux priorités ;
- oublier provisoirement le reste.
Le cerveau supporte beaucoup mieux une tâche clairement définie qu’une multitude de pensées concurrentes.
3. Commencer ridiculement petit
Nous avons tendance à nous fixer des objectifs beaucoup trop grands.
- Au lieu de nettoyer toute la cuisine, commencez par ranger une assiette.
- Au lieu d’écrire un rapport, commencez par ouvrir le document et rédiger une première phrase.
C’est la technique des « 4 P » : faire le Plus Petit Pas Possible.
Le plus difficile est souvent de remettre le mouvement en route. La motivation vient ensuite.
4. Rendre la tâche plus motivante, intéressante ou agréable
Notre cerveau répond naturellement à la nouveauté et au jeu.
Il est parfois utile de :
- mettre un chronomètre ;
- écouter de la musique ;
- transformer la tâche en défi ;
- travailler avec une autre personne ;
- se récompenser après une étape.
La motivation n’est pas seulement une question de volonté. Elle dépend aussi de la manière dont notre cerveau perçoit la tâche.
5. Travailler par périodes courtes
Une tâche interminable décourage.
Une séance de quinze ou vingt minutes paraît beaucoup plus accessible.
À la fin du temps prévu, vous pouvez continuer… ou vous arrêter.
Très souvent, le plus difficile était simplement de commencer.
La motivation apparaît souvent après l’action
Nous imaginons volontiers que la motivation doit précéder l’action.
La psychologie montre souvent l’inverse.
Le mécanisme ressemble davantage à ceci :
- une petite action ;
- un sentiment de compétence ;
- davantage de motivation ;
- une nouvelle action.
Autrement dit, l’action nourrit la motivation bien plus souvent que l’inverse.
Ce que la pleine conscience apporte en plus
Ces stratégies sont précieuses.
Elles permettent souvent de sortir rapidement d’une situation de blocage.
Mais une approche complémentaire est également possible.
Au lieu de chercher immédiatement à supprimer la paralysie, nous pouvons apprendre à l’observer.
Observer :
- les pensées qui apparaissent ;
- les sensations corporelles ;
- l’envie de fuir ;
- la peur d’échouer ;
- la tendance à se juger.
Cette attitude ne consiste pas à rester passif.
Elle consiste à développer une relation plus souple avec notre expérience intérieure.
Paradoxalement, c’est souvent lorsque nous cessons de juger et de lutter contre ce que nous ressentons que l’action redevient possible.
Une dernière question sur le temps long
Parfois, le problème est simplement un cerveau momentanément débordé.
Mais parfois, il mérite une réflexion plus profonde.
La difficulté à agir révèle-t-elle :
- une fatigue chronique ?
- un perfectionnisme envahissant ?
- une surcharge permanente ?
- ou un manque de sens durable dans ce que nous faisons ?
Toutes les difficultés ne relèvent pas uniquement de l’organisation.
Certaines invitent aussi à réexaminer notre manière de vivre.
En conclusion
Lorsque vous vous sentez paralysé, évitez d’en conclure trop vite que vous manquez de volonté.
Commencez plutôt par vous demander :
- Mon corps est-il épuisé ?
- Mon cerveau est-il simplement saturé ? Puis-je réduire la pression ?
- Quelle est la plus petite action possible ?
- Que se passe-t-il dans mon expérience, ici et maintenant ?
Ces quelques questions ouvrent souvent davantage de possibilités que des heures passées à se reprocher de ne pas agir.
Et c’est peut-être là le véritable point de départ du changement.
