Des activités plaisantes contre la déprime

« Des recherches scientifiques ont mis en évidence une corrélation signi­ficative entre le nombre d’activités plaisantes dans lesquelles un individu s’engage et son humeur (Lewinsohn & Liber, 1972; Rehm, 1978).

Pour Lewinsohn, la première variable détermine la seconde. Cette relation causale ne paraît cependant pas évidente à tous les chercheurs : on peut supposer qu’une diminution des activités agréables (et des activités en général) soit l’effet, plutôt que la cause, de la dépression, ou encore que l’humeur et le niveau d’activités résultent tous deux de facteurs plus fondamentaux (physiologiques ou cognitifs p.ex.).

Quoi qu’il en soit, plusieurs recherches ont bien établi que le fait d’augmenter le nombre d’activités agréables entraine habituellement une modification de l’hu­meur dans un sens positif. Cette évolution a été constatée chez des per­sonnes déprimées (Lewinsohn & Hoberman, 1982; Turner e.a., l 979; Hoevenaars, 1987) et chez des individus non déprimés (Reich & Zautra, 1983). Divers auteurs ont dès lors élaboré des traitements de la dépres­sion psychogène centrés – principalement (cf. Lewinsohn) ou en partie (cf. Beck; Rehm) – sur la programmation quotidienne d’activités agréa­bles et leur augmentation progressive.

Lewinsohn a élaboré une échelle (Pleasant Events Schedule) qui mentionne 320 sources de plaisir potentiel par rapport auxquelles la personne peut se situer (MacPhillamy & Le­winsohn. 1971 ). Parmi les nombreuses études utilisant cet instrument. celle de Lewin­sohn et Graf ( 1973) est particulièrement instructive. Ces psychologues ont examiné les activités qui, parmi les 320 proposées, apparaissent le plus nettement en corrélation avec l’humeur et qui différencient statistiquement le mieux les déprimés et les non déprimés. Leur recherche a permis de mettre au point une échelle d’activités plaisantes significativement associée à une humeur positive: la Mood related scale (MacPhillamy & Graf, 1973 ). Chacun peut calculer en fonction de cet instrument un score « d’activités plai­santes » en précisant pour chaque item :

(a) le degré de plaisir que l’activité lui procure ou pourrait lui apporter (noter «0» pour I’ absence de plaisir.  » 1 » pour « un peu de plaisir », « 2 » pour  » beaucoup de plaisir »):

(b) la fréquence de l’activité pendant les 30 jours écoulés (noter « 0 » si l’activité n’a pas eu lieu, « 1″ si elle s’est produite entre une et six fois, « 2 » si elle s’est produite sept fois, ou davantage):

(c) le produit du degré de plaisir et de la fréquence de l’activité (ainsi quelqu’un qui aime beaucoup rire et qui a ri au moins sept fois, durant le mois écoulé, indique 2 x 2 = 4).

                                                  Degré de plaisir  x Fréquence = « Plaisir obtenu »

1.Respirer du bon air                      0  1  2                  0  1  2       =
2.Bien manger
3.Aller au restaurant
4.Bien dormir la nuit
5.Être détendu, «relax»
6.Se sentir tranquille, en paix
7.Avoir du temps libre
8.Rire
9.Voir un beau spectacle ou un beau paysage
10.Être assis au soleil
11.Porter des vêtements propres
12.Écouter la radio
13.Écouter de la musique
14.Lire un roman, une nouvelle, un poème, une pièce de théâtre
15.Se trouver avec des animaux
16.Regarder d’autres personnes
17.Sourire à d’autres personnes
18.Faire la connaissance d’une personne
19.Avoir une conversation vivante et animée
20.Avoir une conversation franche et ouverte
21.Complimenter ou féliciter quelqu’un
22.Etre bien accepté dans une réunion
23.Etre en compagnie de gens gais ou heureux
24.Etre en compagnie d’amis
25.Voir de vieux amis
26.Prendre une boisson avec des amis
27.Voir que des amis ou des membres de la famille vont bien
28.Songer à des personnes que j’aime
29.Etre en compagnie de quelqu’un que j’aime
30.Entendre dire que je suis aimé
31.Avoir l’impression d’être sexuellement attrayant pour quelqu’un
32.Exprimer mon amour à quelqu’un
33.Choyer, câliner, caresser
34.Embrasser
35.Avoir des activités sexuelles avec un partenaire
36.Sentir la présence divine dans mon existence
37.Etre sollicité pour aider ou donner un avis
38.Dire quelque chose de façon claire ou nette
39.Voir que quelqu’un manifeste de l’intérêt à ce que j’ai dit
40.Amuser d’autres personnes
41.Planifier ou organiser quelque chose
42.Planifier une sortie, une excursion, des vacances
43.Conduire habilement une voiture
44.Faire convenablement un travail
45.Réaliser un projet à ma manière
46.Apprendre à faire quelque chose de nouveau
47.Recevoir un compliment ou entendre dire qu’on fait bien quelque chose
48.Songer à un événement agréable à venir

L’addition des notes obtenues dans chacune des colonnes fournit trois scores, qui sont à comparer aux résultats caractéristiques de certains groupes des sujets, ce qu’a fait Bouman (Université de Gro­ningen, 1986) à partir d’un échantillon d’environ 400 personnes appartenant à divers milieux socio-économiques, présentant un très large éventail de difficultés psychologiques (depuis une légère «déprime» jusqu’à la schizophrénie) et dont les âges varient entre 17 et 77 ans.

Bouman a obtenu des corrélations significatives entre les scores à cette échelle d’activités agréables et les scores à des questionnaires de dépressivité (r = – 0.61 avec le Beck Depression lnventory), d’estime de soi (r = + 0.48). Autrement dit les personnes qui obtiennent des score, élevés à l’échelle d’activités agréables ont tendance à être peu ou guère déprimées et plutôt satisfaites d’elles-mêmes.

Notons au passage que les activités de la mood related scale se regroupent aisément en fonction de trois grandes catégories d’aspirations humaines :

  • (a) les besoins corporels, les stimulations sensorielles. le bien-être physique (n° 1 à 14)
  • (b) les relations sociales et intimes (n° 15 à 36)
  • (c) la valorisation et l’accomplissement de soi à travers le travail ou des activités de loisir (n° 37 à 47).

Remarquons enfin l’importance de réalisations effectives (p.ex, n° 44 à 47), mais aussi de comportements essentiellement cognitifs (p.ex. n° 16, 28, 42, 48). »

Extrait de Jacques Van Rillaer, La gestion de soi, Ed. Mardaga, Liège, 1992, p. 79.

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