De la méditation pour les prisonniers ?

Un ami m’avait demandé il y a quelques temps si je connaissais des études sur la méditation de pleine conscience en prison.
Évidemment, tous les méditants Vipassana connaissent ce célèbre documentaire sur la méditation Vipassana (méthode Goenka) dans les prisons indiennes.

Cela donne envie d’utiliser la méditation dans les prisons. Les essais en occident restent toutefois limités.

Une étude déjà ancienne (2007) sur des cours MBSR proposés dans six prisons du Massachusetts (1350 prisonniers et 113 cours) indiquait un résultat positif sur des mesures auto-rapportées d’hostilité, d’estime de soi et dans les perturbations de l’humeur.

En France, une thèse de médecine (psychiatrie) a été consacrée par le Dr Emmanuelle Dusacq en juillet 2017 à une expérience de MBSR en milieu carcéral (menée par Béatrix Toto). Elle montre la faisabilité du MBSR en milieu pénitentiaire et suggère un impact positif sur la santé mentale des personnes incarcérées.

Une étude récente (2017) sur des interventions basées sur la mindfulness adaptées au contexte de la prison tempère ces effets positifs (Is There a Dark Side to Mindfulness? Relation of Mindfulness to Criminogenic Cognitions, voir plus bas). L’aspect de non-jugement semble en effet corrélé positivement avec des cognitions criminogènes, sur les échelles Criminogenic Cognitions Scale (voir plus bas) et Mindfulness Inventory: Nine Dimensions (MI:ND).

C’est a priori une différence avec les retraites Vipassana de Goenka pour les prisons (si l’on en croit la vidéo ci-dessus « Doing Time, Dong Vipassana ») qui contiennent beaucoup d’éthique au programme, via la notion bouddhiste de l’action (physique, mentale ou en paroles) et de ses conséquences (kamma ou karma), qui reviennent sous forme de sensations et de réactions. Les prisonniers peuvent ainsi faire un lien direct entre leur expérience corporelle et leurs actions passées.

Il me semble que cette notion de karma pourrait être adaptée dans un contexte laïque en faisant appel à la notion proche dans la psychothérapie comportementale de l’auto-observation des conséquences de l’action. Les conséquences de nos actions (outre le fait d’être en prison) peuvent en effet se faire sentir sous la forme

  • de pensées (comme le montre la vidéo),
  • d’émotions violentes,
  • de manifestations corporelles et
  • de comportements de lutte ou d’évitement néfastes.

En outre, des exercices répétés de prise de perspective visant à renforcer une empathie cognitive (voir les choses comme l’autre) et émotionnelle (ressentir ce qu’il ressent) ainsi qu’à promouvoir les comportements coopératifs pourraient être une façon d’introduire une éthique adaptée à notre société et contraire à des cognitions criminogènes.

Cet apport éthique mérite en tout cas réflexion pour l’adaptation de la méditation de pleine conscience (MBSR) au contexte de la prison.

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Sur le lien entre la méditation et l’effet « prosocial », voir également : The limited prosocial effects of meditation: A systematic review and meta-analysis. Ute Kreplin, Miguel Farias & Inti A. Brazil. Scientific Reports, volume 8, Article number: 2403 (2018)

Une dernier article présente une histoire des mouvements de méditation en prison : Lyons, T., & Cantrell, W. D. (2016). Prison Meditation Movements and Mass Incarceration. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 60(12), 1363–1375. http://doi.org/10.1177/0306624X15583807

Des initiatives d’instructeurs MBSR fleurissent en France : yogaenprison.org/ ou Mindfulness Solidaire.

Les articles cités :

Is There a Dark Side to Mindfulness? Relation of Mindfulness to Criminogenic Cognitions

June P. Tangney, Ashley E. Dobbins, Jeffrey B. Stuewig, Shannon W. Schrader
Personality and Social Psychology Bulletin, First Published August 3, 2017

« In recent years, mindfulness-based interventions have been modified for use with inmate populations, but how this might relate to specific criminogenic cognitions has not been examined empirically. Theoretically, characteristics of mindfulness should be incompatible with distorted patterns of criminal thinking, but is this in fact the case? Among both 259 male jail inmates and 516 undergraduates, mindfulness was inversely related to the Criminogenic Cognitions Scale (CCS) through a latent variable of emotion regulation. However, in the jail sample, this mediational model also showed a direct, positive path from mindfulness to CCS, with an analogous, but nonsignificant trend in the college sample. Post hoc analyses indicate that the Nonjudgment of Self scale derived from the Mindfulness Inventory: Nine Dimensions (MI:ND) largely accounts for this apparently iatrogenic effect in both samples. Some degree of self-judgment is perhaps necessary and useful, especially among individuals involved in the criminal justice system. »

http://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0146167217717243

Mindfulness-Based Stress Reduction in Massachusetts Correctional Facilities

MarleneSamuelson, JamesCarmody, JonKabat-Zinn, Michael A.Bratt

The Prison Journal

Vol 87, Issue 2, pp. 254 – 268
First Published June 1, 2007
https://doi.org/10.1177/0032885507303753

Mindfulness-based stress-reduction courses were offered in drug units in six Massachusetts Department of Corrections prisons. A total of 1,350 inmates completed the 113 courses. Evaluation assessments were held before and after each course, and highly significant pre- to post-course improvements were found on widely accepted self-report measures of hostility, self-esteem, and mood disturbance. Improvements for women were greater than those for men, and improvements were also greater for men in a minimum-security, pre-release facility than for those in four medium-security facilities. The results encourage further study and wider use of mindfulness-based stress reduction in correctional facilities.

Qu’est-ce que la Criminogenic Cognitions Scale ?

Tangney, J. P., Stuewig, J., Furukawa, E., Kopelovich, S., Meyer, P., & Cosby, B. (2012). Reliability, Validity, and Predictive Utility of the 25-Item Criminogenic Cognitions Scale (CCS). Criminal Justice and Behavior, 39(10), 1340–1360. http://doi.org/10.1177/0093854812451092

Theory, research, and clinical reports suggest that moral cognitions play a role in initiating and sustaining criminal behavior.

The 25 item Criminogenic Cognitions Scale (CCS) was designed to tap 5 dimensions:

  • Notions of entitlement; / « Tout m’est dû », droits exagérés
  • Failure to Accept Responsibility; / Manque de responsabilité
  • Short-Term Orientation; / Vue à court terme
  • Insensitivity to Impact of Crime; and / Insensibilité aux conséquences du crime
  • Negative Attitudes Toward Authority./ Attitudes négatives envers l’autorité

Results from 552 jail inmates support the reliability, validity, and predictive utility of the measure.

The CCS was linked to criminal justice system involvement, self-report measures of aggression, impulsivity, and lack of empathy. Additionally, the CCS was associated with violent criminal history, antisocial personality, and clinicians’ ratings of risk for future violence and psychopathy (PCL:SV).

Furthermore, criminogenic thinking upon incarceration predicted subsequent official reports of inmate misconduct during incarceration. CCS scores varied somewhat by gender and race. Research and applied uses of CCS are discussed.

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