La vie quotidienne en pleine conscience

Que faisons-nous toute la journée ? Sommes-nous en pleine conscience ? Quel est le petit changement d’attitude qui nous permettrait de laisser plus de présence s’immiscer dans nos activités ? Est-ce que cela changerait quelque chose de transformer toute notre vie en une « méditation » ?

Johannes Vermeer - Het melkmeisje - Google Art Project

Une étude semble montrer que faire la vaisselle en pleine conscience réduisait le stress de 27% et augmentait l’inspiration de 25% par rapport à un groupe témoin qui se contentait de faire juste la vaisselle (article « Washing Dishes to Wash the Dishes: Brief Instruction in an Informal Mindfulness Practice » dans le journal scientifique Mindfulness).
51 étudiants ont participé à ces travaux pour le moins originaux. Avant de nettoyer les 18 plats qui leur ont été assignés, ils ont été séparés en deux groupes. Le premier a directement effectué cette tâche ménagère. Le second a auparavant lu un texte du célèbre moine bouddhiste et poète Thich Nhat Hanh, qui évoque la vaisselle.

« Lorsque nous lavons les assiettes, lavons les assiettes. C’est tout. Cela signifie que nous devons être complètement conscients du fait que nous sommes en train de laver des assiettes. A première vue, cela paraît un peu idiot. Pourquoi accorder autant d’importance à une chose aussi évidente ? Mais tout est précisément là. Le fait même que je sois là, debout près de l’évier, à laver ces assiettes, est tout simplement merveilleux. Je suis entièrement moi-même, en harmonie avec ma respiration, conscient de mon corps, de mes pensées et de mes gestes. »

Ce petit texte fait partie d’un texte plus long de Thich Nhat Hanh :

« Il y a trente ans, alors que j’étais encore novice à la pagode Tu Hieu, laver la vaisselle était une tâche difficilement plaisante. Lors de la saison de retraite, quand tous les moines revenaient au monastère, deux novices devaient cuisiner et faire la vaisselle parfois pour plus de cent moines. Il n’y avait pas de savon, seulement des cendres, de la balle de riz et de noix de coco, c’est tout. Nettoyer une telle pile de bols était une vraie corvée, surtout l’hiver lorsque l’eau était glacée. Il fallait alors faire chauffer une grosse marmite d’eau avant de pouvoir commencer à récurer.
De nos jours, faire la vaisselle est infiniment plus plaisant. Les cuisines sont équipées de savon liquide, de brosses à récurer et même d’eau chaude courante qui rendent les choses tellement plus agréables. N’importe qui peut la faire en un rien de temps, puis s’asseoir pour boire tranquillement une tasse de thé. Bien que je lave mes vêtements à la main, je conçois parfaitement l’utilité d’une machine à laver le linge, mais je trouve qu’une machine à laver la vaisselle, c’est aller un peu trop loin.
Lorsque nous lavons les assiettes, lavons les assiettes. C’est tout. Cela signifie que nous devons être complètement conscients du fait que nous sommes en train de laver des assiettes. A première vue, cela paraît un peu idiot. Pourquoi accorder autant d’importance à une chose aussi évidente? Mais tout est précisément là, ainsi qu’il est expliqué dans le Satipatthana Sutta, le Soutra de l’Etablissement de la Conscience.

Le fait même que je sois là, debout près de l’évier, à laver ces assiettes, est tout simplement merveilleux. Je suis entièrement moi-même, en harmonie avec ma respiration, conscient de mon corps, de mes pensées et de mes gestes. Je suis fermement présent et non pas distrait, dispersé, semblable à une bouteille ballottée à la crête des vagues sur une mer agitée. (…)

Lorsque nous nettoyons les assiettes, si nous pensons à ce qui nous attend – une tasse de thé – nous allons tenter de nous débarrasser de la vaisselle au plus vite. Cela devient une véritable corvée, un moment franchement déplaisant. Ce n’est pas laver la vaisselle pour laver la vaisselle.

De plus, pendant tout ce temps, nous ne sommes pas vraiment vivants car complètement ignorants du fait que c’est un authentique miracle de la vie que d’être debout, là, près de l’évier !

Le problème est le suivant : si nous ne savons pas faire la vaisselle, il y a fort à parier que nous ne saurons pas non plus apprécier notre tasse de thé. Quand nous boirons notre tasse de thé, nous penserons à des tas d’autres choses, remarquant à peine le tasse entre nos mains. Nous nous trouvons constamment aspirés par le futur, totalement incapables de réellement vivre la moindre minute de notre vie.

Le miracle, c’est de vivre profondément le moment présent.« 

Woman-with-a-balance-by-Vermeer
Jan Vermeer van Delft 016
Pieter de Hooch 005

Peintures : de Pieter de Hooch (dernière) et Vermeer (1632-1675) dont les peintures sont actuellement exposées au Louvres. « Vermeer reste essentiellement connu pour ses scènes de genre. Celles-ci présentent, dans un style qui conjugue mystère et familiarité, perfection formelle et profondeur poétique, des intérieurs et scènes de la vie domestique »(wikipedia).